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Ballan DIAKITE

La Démocratie et la question du Droit de vote en Afrique

18 Octobre 2015 , Rédigé par Ballan DIAKITE Publié dans #Pensées, #Leadership

Depuis les années 90, suite à la conférence de la Baule dans le cadre des relations entre la France et l’Afrique, se sont progressivement installés presque partout en Afrique, des régimes politiques dits de « Démocratie » basés sur le multipartisme politique. La naissance de ce nouveau système de gouvernance a permis l’ouverture du champ politique national à la diversité des opinions politiques ; à la contradiction critique des idées et ; aux débats démocratiques. Mais surtout elle permit, l’ouverture et la participation des États africains à l’économie mondiale et aux échanges internationaux.

Cependant, si dans la forme, cette démocratie semble bien s’installer dans certains pays africains considérés en la matière comme des « exemples » ; force est de constater que dans le fond, il en est bien tout autre. La démocratie en Afrique est loin d’être effective en réalité. Après plus de deux décennies d’expérience démocratique, la plupart des États africains accusent cruellement de retards en matière de bonne gouvernance et de réelles pratiques démocratiques dans la gestion quotidienne des affaires publiques. Cette réalité lugubre s’explique par l’existence d’un certain nombre de fait notamment, l’incompétence de certains cadres ; l’insouciance de certains administrateurs ; l’ignorance de certains citoyens de leurs droits ; l’analphabétisme des peuples…

Néanmoins, ces différents maux que je viens de citer et qui, sans nul doute sont des entraves à l’exercice normal de la démocratie ne feront pas, dans ce présent article l’objet de ma réflexion. Mon travail consistera surtout, dans les lignes qui vont suivre, à mettre la lumière sur la conception du rapport entre démocratie et droit de vote en Afrique. Car le constat est flagrant qu’aujourd’hui en Afrique, quand on souhaite intégrer des valeurs démocratiques dans une entreprise, une société, ou même, dans un établissement scolaire ; on se borne tout le temps à y instituer le procédé de vote. Est-ce c’est par intuition démocratique que l’on procède toujours ainsi ou ; est-ce c’est par confusion parce que l’on ne sait pas la différence qui existe entre démocratie et droit de vote ?

Depuis plus de 20 ans, beaucoup de nos concitoyens, et pas seulement que des illettrés mais mêmes ceux-là qui sont parfois instruits ; continuent encore de confondre la démocratie avec le droit de vote. Or, dans un État démocratique, l’élection n’est qu’un simple moyen par lequel un citoyen élit ou choisit son représentant. Par le biais du droit de vote, le citoyen mandate et confère à l’élu, le droit de lui représenter au sein des institutions de l’État. A la limite, l’élection est un procédé démocratique non pas par essence mais par nécessité, permettant l’alternance au sommet du pouvoir politique. Un tel procédé suffirait-il pour qualifier un régime de démocratique ? D’emblée je dirai que non ! Car la démocratie n’est pas seulement que le vote ; car la démocratie n’est pas seulement que l’alternance politique…

Pour beaucoup d’entre nous, la démocratie c’est le fait d’avoir à la tête de l’État, un exécutif élu qui ne serait pas venu au pouvoir par putsch ou par rébellion, mais par la voie légale des urnes : la démocratie se limite là, pour un grand nombre de personne. Pourtant, c’est bien à partir de là que l’on se trompe ou pire; que l’on se laisse tromper. Très souvent nous nous attachons plus à la source du pouvoir sans trop questionner son fonctionnement. Or dans un système démocratique, le fonctionnement du pouvoir dit plus sur la nature du régime que ne le fasse la source dudit pouvoir. Très généralement, la source du pouvoir pose la question de la légitimité ; le fonctionnement du pouvoir, celle de la justice ; de la liberté ; de la participation ; de la consultation ; de la contribution etc. D’où il suit que, dans la pratique, un pouvoir politique peut ne pas être démocratique dans sa source mais, peut l’être dans son fonctionnement ; tout comme il peut être démocratique dans sa source et ne point l’être dans son fonctionnement. Raison pour laquelle il est important d’être vigilant afin de ne pas tomber dans l’amalgame qui est entrain de conduire un grand nombre de personne à croire que la démocratie serait uniquement synonyme d’élections.

Cependant, si la démocratie ne se limite pas seulement à l’élection comme nous venons de le démontrer ; par quoi peut-on donc définir ou qualifier un régime de démocratique ? Pour répondre à cette question, faudrait-il d’abord chercher à savoir au préalable ce à quoi renvoie le concept même de démocratie.

Étymologiquement, le concept de démocratie renvoie au pouvoir du peuple (Démos=Peuple ; Kratos=Pouvoir). En outre, la définition qui revient le plus souvent c’est celle qui définit la démocratie comme « le pouvoir du peuple, par le peuple, et pour le peuple ». Néanmoins, il existe plusieurs définitions de la démocratie autant qu’il existe de types de démocratie à travers le monde. Chacun l’ayant compris sous un angle particulier, la définit à sa manière selon son point de vue personnel. Par ailleurs, ces définitions sont assez trop vagues et ne permettent pas de saisir, au fond, les caractères démocratiques d’un État.

En sommes, malgré la diversité des formes de démocratie à travers le monde ; nous pouvons tout de même énumérer un certain nombre de principes qui sont aujourd’hui considérés, à l’échelle internationale, comme des principes fondateurs de toute démocratie moderne. Ces principes sont au nombre de cinq. Il s’agit de l’État de droit ; la Citoyenneté égalitaire ; le Suffrage universelle ; le mandat des élus devant rendre des comptes ; et enfin, la Séparation des pouvoirs. Tels sont aujourd’hui, les principes clés qui caractérisent la « démocraticité » d’un régime politique ; d’un gouvernement ; ou d’un Etat donné. Au vu de ces critères constitutifs de l’ossature de toute démocratie moderne, je penche à penser, sans aucun pessimisme, que les Etats Africains ont encore un long chemin à faire dans la voie d’une démocratie réelle.

Ballan DIAKITE.

La Démocratie et  la question du Droit  de vote en Afrique

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