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Ballan DIAKITE

UNE LETTRE A MA SŒUR - 2ème PARTIE -

14 Décembre 2014 , Rédigé par Ballan DIAKITE Publié dans #Littérature

NB: Nous sommes en 1982 à Kalana, dans la region de Sikasso. Cette histoire est purement imaginaire !

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Résumé de la première partie: Korian a dix-huit ans. Elle vient à peine de décrocher son baccalauréat. Ses parents veulent la donner en mariage a Mamourou, un cousin éloigné, mais la jeune-fille n'aime pas ce dernier. Celui qu'elle aime s'appelle Seybou, un camarade de classe avec qui elle entretient une relation amoureuse en cachette depuis presque six mois.
Contrariée, ne sachant plus quoi faire, elle décide d'écrire une lettre à son frère ainé Samba, parti pour les études au Maroc. La réponse de ce dernier fut loin d’être satisfaisante pour qu'elle puisse se faire une idée définitive.
..


Abattue, cette situation va l'attrister de jour en jour un peu plus. C'est ainsi que sa mère, Baoumou, constatant ce changement d'humeur chez sa fille, va donc l'appeler pour s'entretenir avec elle. Cette deuxième partie porte essentiellement sur ce dialogue entre Mère et Fille...

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Observant une certaine mélancolie inexpliquée dans les comportements de sa fille, Baoumou, décide de s’entretenir avec la p’tite Korian sous le grand manguier se trouvant au beau milieu de la cours.

 

  • Ma fille, dit-elle, tu es si calme ces deux jours ; qu’est-ce qui ne va pas ?
     
  • Tout va bien, Mère, rétorqua Korian. 
    Juste que je pense trop ces derniers temps ; c’est tout !
     

(Elle essaye de forcer le sourire)

 

  • Baoumou : Ma fille, je suis ta mère. Le sentiment qui lie une Mère à son enfant est très profond, bien plus profond que la profondeur de la mer. C’est un sentiment très fort, bien plus fort que peut l’être une hyène devant la chèvre.
    Dans tes yeux je sais lire tes inquiétudes, je sais découvrir tes soucis et, je sais évaluer également l’état de ton cœur, si dedans il y fait chaud ou s’il y fait froid je saurai le connaitre ; rien qu’en te regardant dans les yeux je le saurai. 


Alors une seconde fois, qu’est-ce qui ne va pas ma fille ?
Qu’est-ce qui te tracasse autant ces deux jours ?

 

  • Korian : Mère, à toi je n’ai rien caché ; tu sais me comprendre mieux que personne au monde. Si je suis cette fille tant appréciée dans ce village, c’est grâce à toi ; grâce à tes efforts inestimables pour m’inculquer une éducation digne, en cohérence avec les vraies valeurs qui sont les nôtres, afin que dans ma génération, je puis paraitre comme un exemple à suivre. Je t’en remercierai toujours…


 (…elle baisse les yeux)
 

  • Baoumou : Ma fille, le puits n’a pas à remercier l’eau qu’il garde en soi, puisqu’il a été creusé effectivement pour ça. Mais sans cette eau, le puits perd tout son sens et toute sa valeur.
    Nulle importance de me remercier. J’ai juste fait mon devoir de mère. Par contre, remercions le bon Dieu qui t’a donné cette perspicacité. L’éducation n’a de valeurs que pour des êtres doués d’une certaine intelligence.
    Je suis tellement fière de toi ma fille ; mais il y a des choses qu’on ne dit pas tous les jours chez nous ; des choses comme « Je t’aime ». Plutôt que de le dire tout le temps ; à travers des comportements, nous préférons le témoigner par des gestes.
     
  • Korian : Des mots comme « Je t’aime »… "Je t'aime", voici bien un mot qui est sur le point devenir pour moi un péché. Ce mot me fait tellement peur, il me fait tellement mal que mes larmes sembles être de la flamme sur mes joues…

    (elle veut révéler à sa mère sa relation sécrète avec Seybou, mais elle hésite… Elle garde donc le silence pendant un bout de temps avant de continuer)

    Avec ta permission je voudrais bien, mère, te poser une question. Et j’aimerai bien que tu me répondes.
     
  • Baoumou : Je t’écoute.
     
  • Korian : Mère, c’est quoi l’amour ?  Je veux que tu me parles de l’amour.
     
  • Baoumou (l’air éberlué): De l’amour ou du mariage ?
     
  • Korian : Mère, de l’amour puis, du mariage !
     
  • Baoumou : Bien. Tout ce que tu aimes, nous te l’avons assuré jusque là, ton père et moi. Il est de mon devoir de mère, de te parler du mariage tel qu’il doit être conçu par une femme de chez nous; mais il relève cependant de ta liberté en tant qu’être humain, de développer selon les dispositions de ton cœur ta propre conception de l’amour.  Nous aimons tous, mais jamais de la même manière. Autant qu’il existe d’êtres humains  sur terre, il existe mille façons d’aimer. Mais dans tous les cas il faut savoir le dire pour libérer  son cœur et soulager son âme; ou, le manifester de façon à ce que la personne aimée puisse le savoir de lui-même. 
    Un sentiment très fort, décrirai-je l’amour, bien plus fort que tout ce que tu peux imaginer. Néanmoins tu sauras toujours raisonner tant que tu n’as été atteint par la folie de l’amour ; celle qui t’empêche de voir, de comprendre… bref, celle qui te vole ton  sens de discernement. En ce moment, le moindre conseil te semblera être des injures ; et tu verras de travers toute opinion portant des traits antinomiques à la tienne. C’est pourquoi les Bamanans distinguent « Kanou » du « Diarabi »… Le premier signifiant l’amour, le second la passion. A un certain degré, la passion devient de la folie. C’est ce que tu dois toujours éviter. Quelle que soit ta personnalité, l’amour fou te mettra à genou. Certaines personnes ont le cœur noir du démon. Ce n’est pas vraiment donner à tout le monde, en matière d’amour, de tomber sur la bonne personne.
     

Si tu ne veux te marier que par amour, le jour il n’y aurait plus d’amour dans le couple, que vas-tu faire ? Divorcer ?
Il est encore mieux de rester célibataire que d’être une femme divorcée dans cette société dans laquelle nous vivons.

 

L’amour n’est pas une condition indispensable au mariage. Il permet cependant à l’agrémenter pendant un certain temps.


S’il y a une chose que tu dois retenir à jamais, c’est qu’entre un homme et une femme, il n’y a point d’amour éternel. Seul Dieu demeure éternel. Sinon par la force du temps, tout prendra fin un jour. Même la mort qui met fin à nos vies, connaitra elle aussi une mort certaine.


 

  • Korian : Tu m’avais dit un jour que la souffrance fait partie de la vie quotidienne. Tu m’avais dit un jour que celui qui n’a jamais connu  l’obscurité, ne saurait reconnaitre les bienfaits de la lumière…
    Avant de parler du mariage, mère, je voudrais bien que tu me dises si la souffrance est une des vertus de l’amour.
     

 

  • Baoumou : La souffrance n’est point une vertu, tout comme la joie n’est point un péché. Mais les deux font de la vie ce qu’elle est à nos yeux. Tantôt belle, tantôt laide ; tantôt juste, tantôt injuste ; tantôt bonne, tantôt méchante et égoïste…

 

La souffrance et la joie sont,dans le jeu de la vie, deux coéquipiers qui jouent dès fois ensemble pour se compléter, et dès fois se remplacent en guise de relais l’une à l’autre.
Quand c’est la souffrance qui prend la place de la joie, on est saisi par la peur, et cette peur qui nous rend lourd le cœur, pousse dès fois à la solitude.
Quand c’est la joie qui occupe la place de la souffrance, alors on sourit à la vie, notre cœur se rempli d’allégresse, et, tout à coup notre âme commence à nous bénir pour tous les bienfaits que l’on lui offre.
Quand c’est les deux qui jouent ensemble, le doute nous gagne et crée en nous de l’hésitation, de l’indécision, de l’ambigüité… On a quelques fois envie de rire, et en même temps envie de pleurer. Ce qui pousse certaines personnes à la mélancolie et à la tristesse.

Mais dans tous les cas, tu n’as pas intérêt de t’abstenir à aimer. C’est par les fenêtres de ton cœur que ton âme respire. Le jour où tu décideras de les fermer, ton âme mourra asphyxiée.
Le bien est  partout ; à nous de le chercher et de le découvrir dans les moindres choses de la vie, y compris les difficultés.


Il est bien compréhensible que l’on soit négatif vis-à-vis des difficultés de la vie, car elles sont sources de souffrance et de douleur. Nous aimons tellement le confort qu’on n’oublie qu’il y a dans les épreuves de la vie, des enseignements que mêmes les livres, ni les parents ne sauraient nous enseigner.

 

Ma fille, quand il te viendra des moments de doute et de souffrance, et que tu te sentes miner par la douleur, ne dis jamais « c’est fini ». Rien n’est perdu, rien n’est jamais fini pour celui qui sait garder espoir.
L’espoir donne la force de croire à l’amour, l’amour donne la force de croire à la vie.
 

 

  • Korian (toute calme): Tant de douleurs ralentissent le battement de mon cœur. Le vent d’hiver me transperce comme une épée dans le ventre d’un combattant. Comment tenir tête face à la vie lorsque le cœur est glacial ?
    Quand je voudrais crier partout mon bonheur et qu’on me dise que  j’en ai pas le droit. Quand je voudrais crier sur tous les toits ma souffrance et qu’on me dise que je fais la honte de la famille… La famille ou l’amour ? Suis-je encore trop jeune pour faire un choix ? Mais on me dit de croire à demain, même si, aujourd’hui est fortement menacé. On me dit de garder espoir ; que le soleil finira par ouvrir ses yeux même s’il semble être étouffé, pour le moment, par les nuages… J’ai compris tes propos, mère !
     
  • Baoumou (l’air insistant) : Heureuse de l’entendre de ta bouche. 
    Maintenant écoute, ouvre bien les oreilles et regarde-moi le temps que je parle. Il y a des choses que tu dois savoir sur le mariage avant de franchir le seuil de la porte familiale. La plus importante est de savoir comment te comporter avec ton mari, puisque c’est à ce prix que tes enfants seront bénis ou maudits. Autrefois, chez nous ici, quand on voulait prendre une jeune-fille en mariage, on regardait d’abord sa mère. Les comportements d’une mère dit beaucoup  sur celui de ses enfants que la bouche qui dit « ils sont mes enfants » ou « elle est notre mère ».

 

Dans un mariage, le mérite d’une femme, ce sont ses enfants. Il te suffira juste de les regarder te sourire pour oublier tout le poids du Mariage.
Quand tes enfants sont bénis, tu pourras être sûre de leurs réussites dans la vie.Mais cette bénédiction ne tomberait pas du ciel. Elle viendra de tes moindres gestes envers ton mari. Sois lui donc soumis ! Surtout ne conteste pas son autorité. Cela veut dire de ne pas dépasser les limites qu’il t’aura fixées. A partir du moment où tu es déclarée sa femme, il devient à la fois ton père et ta mère ; ton jour et ta nuit ; ton été et ton hiver.
Hormis Dieu, s’il fallait se prosterner devant un être, c’est sans doute à lui que tu l’aurais fait.

Ma fille, je vais te raconter une histoire. Tache de ne jamais l’oublier durant le reste de ta courte existence :
 

« Il était une fois un couple. L’homme, soldat qu’il était, devait se rendre au champ de bataille. Il ordonna à sa femme de ne franchir le seuil de la porte jusqu’à ce qu’il revienne.
Trois jours plus tard, on vint informer la femme que son père est décédé. Mais elle ne put partir assister aux obsèques de son père, car son mari n’était toujours pas de retour. Son père fut ainsi enterré à son absence. A l’intérieur, elle s’est contentée à faire des prières pour son défunt père.
Elle attendit jusqu’à ce que son mari soit de retour pour ensuite se rendre au cimetière, voir la tombe de son père… »

 

Tu sais ma fille, le père de cette femme devait être brulé dans les flammes les plus profondes de l’enfer. Mais par sa soumission à la volonté de son époux, l’âme de sont vieux père fut sauvée du feu et mis dans le paradis.

 

Tu lui feras confiance, en temps de paix et de difficulté. Rien au monde ne doit ébranler cette confiance que tu lui porteras. En amour comme en mariage, la force d’une relation réside dans la capacité qu’ont les deux partenaires à se faire confiance. Sans cette confiance, le mariage ne saurait être, pas plus qu’une feuille de baobab à la portée du vent en plein désert.Fais-lui donc confiance, en toi il en fera de même.
Beaucoup de choses ont changé dans cette société… Auparavant les gens se faisaient bien confiance. Même un inconnu qu’on venait à croiser au carrefour des chemins, plutôt que de le juger ou de se fier à son apparence, on lui faisait confiance. On lui accordait le bénéfice du doute. En retour, c’était à lui de se montrer digne de cette confiance.

 

L’histoire de Sanoudjè, illustre bien cela. Ecoute :

" Sanoudjè était une princesse promit en mariage au Roi de Bafala. Son père lui avait confié à un griot et sa femme, pour l’accompagner dans le pays de son futur époux.
En cours de route, à la traversée du désert, le griot, sous la menace d’un fusil obligea Sanoudjè à abdiquer sa place au profit de sa femme Sira. Il substitua cette dernière à la place de la princesse…
Arrivés à Bafala, Sira devint la femme du Roi, et, Sanoudjè fut condamnée à l’esclavage.
Plusieurs jours sont passés ; mais comme tu sais ma fille, la vérité finit toujours par triompher !
Le jour où ils apprirent la vérité, le Roi ordonna d’éliminer physiquement le griot et sa femme Sira. Ils furent exécutés !

Notre Princesse bien aimée, Sanoudjè, devint alors la femme du Roi de Bafala, comme l’avait voulu son père ".

 

Vois-tu comment le griot abusa de la confiance du Père de Sanoudjè ?
Par cupidité, il a trahi la confiance d’un Roi ; en trahissant cette confiance, il a menti au Roi de Bafala ; en mentant à ce dernier, il a mis sa vie en danger et celle de sa femme.S’il n’avait pas trahi la confiance, rien de tout cela ne serait arrivé.

 

Tu ne trahiras point la confiance des autres. Tu ne prendras rien qui ne te soit donné. Tu ne mentiras que sauf si le mensonge reste le seul moyen pour réconcilier… Tu seras une aiguille pour tisser des liens, et non, une source de discorde entre ton mari et sa famille.

 

Tu comprends bien ce que je suis entrain de dire là ?

 

  • Korian : Oui je comprends, mère.
     
  • Baoumou : ça me fait plaisir d’entendre cela, ma fille.

Sache-le, le mariage c’est aussi la protection. Soies pour ton mari, cette main qui le réchauffe quand il a froid. Ouvre-lui tes bras quand il vient vers toi en courant. Propose-lui tes épaules lorsqu’il voudra pleurer. Les hommes sont forts en apparence mais, au fond, ils sont très sensibles. Les femmes sont faibles en apparence mais, au fond, elles sont très fortes. C’est en cela aussi que les deux sont complémentaires.

Maintient le silence quand il parle, et quand c’est toi qui parle, ne rehausse pas ta voix au dessus de la sienne. Jamais !
 

Aux yeux du monde, montre-toi la plus heureuse des femmes. Laisse-lui faire de toi sa fierté parmi ses amis. Ne lui demande rien qu’il ne puisse t’offrir. Sinon il se sentira dès fois gêner de ne pas pouvoir satisfaire à tes demandes.Cela est frustrant pour un homme. Tu es là pour l’épauler, le soutenir afin qu’ensemble, vous pussiez faire face aux soucis et aux difficultés de la vie. Ne pars pas lui rajouter d’autres problèmes autant qu’il en a déjà…

 

(Baoumou, l’air souriant et plein de mystères, continue…)

 

Ma fille, il y a beaucoup d’autres choses que tu dois savoir. Une journée ne suffit pas pour tout te dire, et même moi qui suis ta mère, je ne connais pas tout. Tu es appelée à connaitre certaines choses par toi-même.


Il est presque crépuscule. Le soleil commence à fermer ses yeux. Vas-donc préparer le diner. Nous continuerons cette discussion après.Entre temps, je vais m’apprêter pour la prière.

 

Surtout, n’oublie pas tout ce que je viens de te dire, ma fille !

 

  • Korian : J’ai compris. Rien de tout cela, je ne vais oublier mère.

 

  • Baoumou : Heureuse de l’entendre.

 

 

Seule, alors qu’elle était dans la cuisine pour préparer le diner ; elle se mit à chanter :

 

Amour, Oh mon amour

A chacun son amour,
A chacun sa petite lumière,

Qu’on me pardonne, surement je ne suis plus moi-même ;
Qu’on me pardonne, je suis tout simplement  amoureuse…

Malade, je suis malade
Nul docteur ne saura me guérir

Je le suis dans mes mots,
Je le suis dans mon regard,
Dans chacun de mes pas
Malade, je suis malade…

Amour, Oh mon amour

A chacun son amour,
A chacun sa petite lumière !

 

A suivre...

 

Ecrit par:
Ballan DIAKITE.

 

Cliquez sur le lien ci-dessous pour lire la première partie:

 

UNE LETTRE A MA SŒUR - 2ème PARTIE -

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